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« Cette crise nous permet d’innover dans l’organisation de l’entreprise » : Albert Alfieri

Rencontre avec Albert Alfieri, directeur général du site Thalès DMS

Le Directeur général du site THALES DMS de Sophia Antipolis confirme : son entreprise est déjà engagée dans son plan de relance. En mettant à profit une période compliquée pour revoir pas mal de choses. Dont la relocalisation des approvisionnements.

Spécialiste mondialement reconnu des systèmes sonores pour les sous-marins et bâtiments de surface, le groupe français développe son savoir-faire exceptionnel depuis la conception jusqu’aux essais en mer. Pour les équipes (750 personnes) basées la technopole azuréenne, l’activité est essentiellement tournée sur la conception et le prototypage des systèmes électroniques. Une entité qui développe un chiffre d’affaires annuel de 400 à 500 M€, auprès de clients diversifiés de l’univers de la défense : en France (programmes de frégates, force de dissuasion) comme à l’export (Europe, Asie, Australie, Amérique du Sud, USA…).

Il a toujours appartenu au groupe (ex- Thomson CSF) : figure de l’industrie azuréenne, Albert Alfieri a rejoint le site de Sophia Antipolis depuis 1992. Site qu’il dirige depuis septembre 2019, après avoir piloté les lignes de produits. Il a donc du manager cette grosse unité techno-industrielle au cœur de l’orage Covid19 : « Même si nos carnets de commandes nous donnent de la visibilité sur 3 ans en moyenne, nous avons tout de même subi la crise de plein fouet comme tout le monde, dès mi-mars. Il a fallu s’organiser dans l’urgence pour poursuivre l’activité ».

Comment ? « J’ai immédiatement lancé une cellule de crise. Son rôle était clair : tout organiser, semaines après semaines. Tout d’abord, nous avons catégorisé les personnels ultra-indispensables aux programmes en cours et identifié ceux qui pouvaient passer en télétravail ». Pas simple quand on évolue dans un domaine d’activité ultra-sécurisé et international à la fois. « Nous avons assez vite redémarré à 50 personnes et nous sommes actuellement 550 sur site : ce qui prouve que la remise en marche est largement opérée. Nous sommes déjà dans la phase 3 de notre plan de relance. A mi-juillet, il n’y a pratiquement plus de chômage partiel au sein du site »

Pour réussir ce redémarrage rapide, Thalès DMS a su montrer sa réactivité et sa capacité d’innovation, ce qui peut sembler – à tort – inattendu au sein d’un groupe de dimension internationale. Albert Alfieri détaille : « 300 PC « Mobilité » totalement sécurisés ont été déployés rapidement en plus de ceux déjà attribués aux personnels se déplaçant souvent. Nous avons aussi créé des zones de « Smart hub » pour permettre aux personnels de venir continuer à travailler en mode flexible, en groupes réduits. Par exemple pour utiliser sans contraintes des données trop sensibles pour le télétravail. Toujours en respect de normes sanitaires très strictes, bien entendu ». Pour le DG du site sophipolitain, « C’est un jalon précieux pour organiser différemment les modes de travail de demain, donc innover dans l’organisation de l’entreprise, ses process ».

Ainsi, le smart hub a été efficace, il va perdurer. « J’en suis convaincu, le retour sur expérience – le fameux « retex » appliqué dans tous les grands groupes industriels – va permettre de maintenir un certain nombre d’initiatives nées durant cette période, pour renforcer la flexibilité. On a aussi réfléchi, comme tout le groupe d’ailleurs, à la relocalisation des sources locales d’approvisionnement, par exemple sur les cartes électroniques », poursuit Albert Alfieri. « Cela contribuera donc à recréer de l’emploi et à renforcer la filière, en redonnant de l’air à un certain nombre de PMI locales. Il est vital d’avoir ce réseau de sous-traitants de pièces acoustiques, mécaniques et électroniques pour mieux sécuriser nos flux de production à l’avenir ».

La formation n’est pas en reste. Un levier de la relance qui sera activé dès septembre. « Clairement, la crise du Covid19 a montré le besoin d’encore plus de « sans-contact » au sein de l’entreprise, de l’ingénierie collaborative comme du design center à distance. C’est ce à quoi notre futur plan de formation doit répondre, pour aborder le décalage de métier auquel nous faisons face. Mais aussi pour accompagner nos nouvelles façons de travailler. Pour cela, avec les autres sites Thalès du 06, dont celui de Mandelieu (Thalès Alenia Space), nous allons mutualiser les besoins pour des sessions de formations locales, mais globalisées à nos différents personnels. Notre unité de formation dédiée est bien sûr au cœur de ce projet.

L’avenir ? Albert Alfieri se veut optimiste mais réaliste. « Dans notre domaine, l’impact est certes faible, notre CA n’a baissé « que » de 10%, et nous avons lancé un plan d’actions pour rattraper ce retard. On le sait, il y a un risque de re-confinement qu’il faut intégrer. Mais si tel est le cas, je crois qu’à chaque fois que ce sera nécessaire, nous serons toujours davantage préparés. Ce n’est pas la première crise économique que le monde traverse et l’on a toujours su rebondir, quitte à changer les activités, les déplacer. Plus globalement, l’industrie et ses entreprises doivent se transformer. Pour moi, c’est un enseignement positif à tirer. Ce qui est sûr, c’est que les industriels azuréens ne doivent jamais rester isolés et au contraire, partager les problèmes pour trouver des solutions communes. Dans notre département, des acteurs comme la CCI, l’UIMM et ATI Côte d’Azur sont là pour ça. Et ils sont efficaces ».

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