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Comment un industriel de l’aluminium relance-t-il grâce à l’IA un projet bloqué depuis six ans ? Comment une dirigeante du maintien à domicile convainc-t-elle sa banque avec un dossier de rachat retravaillé avec l’IA ? Comment Brino, copilote de communication propulsé par l’IA, trouve-t-il son marché ? Dans ce nouvel épisode de CCI TALK, trois dirigeants azuréens et la CCI Nice Côte d’Azur montrent que la transformation numérique, comme la conquête d’un marché dans la tech, s’organise, se sécurise et avance étape par étape.

Intelligence artificielle, cybersécurité, veille stratégique, webmarketing… Le numérique s’invite dans toutes les entreprises. Côté Tech, l’enjeu est autre : maîtriser la technologie ne suffit pas, encore faut-il trouver son marché. Transformer son organisation ou faire décoller une innovation : par où commencer ? Dans ce nouvel épisode de CCI TALK, trois dirigeants azuréens racontent comment ils ont franchi le pas : Lucile Bufarull (Gérante Pôle Domicile et Ad’Vitae), Jean-Philippe Picon (Directeur des Systèmes d’Information, Sepalumic) et Brice Campos (Président, Digit Value), aux côtés de Marjorie Billaud, responsable transformation numérique au Pôle Numérique & Tech de la CCI Nice Côte d’Azur.

 Le dirigeant ne demande pas un outil, il veut résoudre un problème

Premier constat partagé sur le plateau : rares sont les chefs d’entreprise qui appellent la CCI pour savoir quelle technologie adopter. Ils arrivent avec un besoin métier.

« Un dirigeant arrive rarement pour me demander quelle technologie utiliser. Il n’a pas une approche outils, il a une approche problématique : j’ai besoin d’augmenter ma visibilité, d’améliorer la sécurité de mes systèmes d’information, de surveiller mon marché. » Marjorie Billaud.

Et le besoin exprimé n’est pas toujours le besoin prioritaire. Marjorie Billaud cite le cas d’une entreprise venue pour déployer l’IA dans plusieurs services : le pré-diagnostic numérique et IA a révélé que la cybersécurité n’était pas du tout traitée. Le plan d’action a été réorienté vers la cyber d’abord, l’IA ensuite, une fois les données jugées suffisamment fiables.

Le mouvement est pourtant bien engagé. En 2025, 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus implantées en France déclarent utiliser au moins une technologie d’IA, contre 6 % en 2023. L’écart reste fort selon la taille : 15 % des entreprises de 10 à 49 salariés, 31 % de celles de 50 à 249 salariés et 58 % des 250 salariés ou plus. [1]

Trois parcours, un même déclic

Lucile Bufarull : « Je suis repartie le soir en me disant : c’est génial ! »

À la tête d’un groupe dédié au maintien à domicile (aide à la personne, matériel médical, perfusion, téléassistance, transport sanitaire) qui compte 340 collaborateurs, Lucile Bufarull se décrit volontiers comme prudente face aux nouvelles technologies. C’est son mari et associé qui la pousse à suivre une journée de formation à l’IA à la CCI. « Je suis arrivée le matin en me disant : je ne sais pas trop ce que je fais là. Et je suis repartie le soir en me disant : mais c’est génial ! J’ai complètement changé mes process de fonctionnement. »

Le basculement a lieu l’après-midi, au moment de passer à la pratique : comprendre que la puissance ne vient pas de l’outil seul, mais de la façon de le piloter, notamment par des prompts (requêtes) bien construits.

Jean-Philippe Picon : un projet bloqué depuis six ans relancé par l’IA

DSI depuis une trentaine d’années, dont une quinzaine dans l’industrie de l’aluminium, Jean-Philippe Picon a vu l’IA arriver chez Sepalumic par le haut : les actionnaires du groupe ont demandé la création d’une cellule IA dans chaque business unit. Sa première décision a été de cadrer.

« J’ai voulu cadrer le projet. Je ne suis pas pour faire vingt usages : prends-en un, deux ou trois. » Jean-Philippe Picon.

Le cas d’usage retenu : reconnaître automatiquement les profilés aluminium sur la chaîne de laquage. L’enjeu est concret : environ 3 500 références, souvent très ressemblantes, à identifier en quelques secondes pour lancer le bon programme de laquage et garantir la traçabilité. La période de ralentissement du secteur du bâtiment a été transformée en opportunité : moins de pression sur la production, donc du temps pour réunir méthodes, bureau d’études et opérateurs autour du projet.

Brice Campos : « Quand on maîtrise la tech, on maîtrise la tech. »

Fondateur de Digit Value, entreprise de services numériques qui accompagne les entreprises en manque de compétences IT ou dans l’exécution de leur système d’information, Brice Campos affiche un long parcours dans la tech : blockchain, cybersécurité, plusieurs start-up cofondées. En intégrant l’IA dans sa propre entreprise, il conçoit Brino, un copilote de communication qui aide les entrepreneurs à faire savoir leur savoir-faire. Une soixantaine d’utilisateurs pilotes l’ont testé.

« Brino apprend d’abord ce qu’est ton entreprise. Ensuite, à partir de ton savoir-faire, il crée des contenus adaptés à chaque canal digital, que tu valides avant de les publier. C’est une façon d’avoir un prolongement de soi-même. » Brice Campos.

Vrai ou faux : cinq idées reçues passées au crible

  • « Pour tirer parti de l’IA, il faut être à l’aise avec l’informatique. » Faux, selon Lucile Bufarull : il faut connaître les bases, mais l’IA permet justement de se passer d’une partie de la technique. Elle a réalisé seule un site internet avec un assistant d’IA.
  • « Une veille stratégique demande au moins un an pour donner des résultats. » Faux : une fois le besoin bien défini et relié à la stratégie, une veille commerciale ciblée produit des résultats rapidement.
  • « En usine, une IA qui a raison 8 fois sur 10, c’est une réussite. » Faux : Jean-Philippe Picon précise qu’une journée de production ratée sur 30 tonnes de profilés représente 300 000 à 500 000 € de perte. L’objectif est de s’approcher des 100 % pour pouvoir automatiser.
  • « Dans les métiers du soin, l’IA n’a pas sa place. » Vrai… en partie. Pour Lucile Bufarull, dès qu’on est en contact direct avec la personne accompagnée, la relation reste humaine et de proximité. En revanche, l’IA a toute sa place dans les fonctions support et l’organisation de l’entreprise.
  • « Les salariés utilisent déjà l’IA, que les dirigeants le sachent ou non. » Vrai : l’enjeu n’est pas d’interdire, mais de fixer des règles claires sur les usages, les outils et les données, en particulier les données confidentielles.
  • « La cybersécurité, ce n’est pas un sujet pour une entreprise de ma taille. » Faux : toutes les entreprises sont concernées, quels que soient leur secteur et leur taille.

Sur ce dernier point, les chiffres confirment la tendance : en 2025, plus de 500 000 victimes ont été assistées par le dispositif national Cybermalveillance.gouv.fr. Le piratage de comptes en ligne arrive en tête des menaces touchant les professionnels (+45 %), et l’hameçonnage reste la première menace tous publics confondus (+70 %). [2]

« La cybersécurité commence par des gestes simples : la gestion des mots de passe, les sauvegardes, la vigilance face aux mails. En général, le risque se situe entre le clavier et la chaise. D’où l’importance de sensibiliser en interne, dans tous les services. » Marjorie Billaud.

Les objections qui freinent, et les réponses

  • « Je ne sais pas par où commencer. » C’est l’objet du pré-diagnostic numérique et IA gratuit proposé par la CCI.
  • « C’est trop cher. » De nombreuses formations peuvent être prises en charge par l’OPCO ( Opérateurs de Compétences ) de l’entreprise, parfois en totalité selon les cas.
  • « Je n’ai pas le temps de me former. » Lucile Bufarull, dirigeante d’un groupe de plus de 300 collaborateurs, a bloqué une journée.
  • « J’ai déjà un abonnement à un outil d’IA, je me débrouille. » L’outil ne fait pas tout : c’est la manière de l’utiliser qui fait la différence.
  • « J’ai peur pour mes données. » Vous avez raison : c’est justement le sens de l’accompagnement et de la mise en place de bonnes pratiques internes.
  • « Je ne me suis jamais fait attaquer. » Tant mieux : c’est le bon moment pour le vérifier et vous protéger.
  • « Mes concurrents, je les connais déjà. » La veille permet aussi de détecter les nouveaux entrants.

Du concret : ce que l’accompagnement a changé

Un dossier bancaire plus solide

Huit rachats en trois ans : pour l’acquisition de sociétés de matériel médical, Lucile Bufarull a utilisé l’IA comme un collaborateur expert, tour à tour expert-comptable, banquier et investisseur, à partir de tableaux qu’elle avait construits et maîtrisait elle-même.

« Je lui rappelle régulièrement de ne rien inventer, de rester fidèle à ce que je lui ai demandé, parce qu’il s’emballe. Je n’ai pas forcément mis moins de temps, mais le rendu n’a rien à voir. D’ailleurs, ça m’a encore été confirmé aujourd’hui quand j’ai eu l’OK de la banque : elle m’a dit que ma présentation avait fortement aidé. » Lucile Bufarull.

Au quotidien, elle parle moins de gain de temps que de gain de productivité et de qualité : la forme est prise en charge, elle se concentre sur le fond et le message. Avant de déployer l’outil, le duo dirigeant s’est formé en premier, puis a équipé le comité de direction. Prochaine étape : une trentaine de managers formés par la CCI, « pour éviter l’éparpillement ».

« Sur un outil aussi sensible, qui transforme réellement la vie de l’entreprise, je ne veux pas forcément en savoir plus que mes équipes, mais suffisamment pour les guider et mettre en place les bons process. » Lucile Bufarull

Du prototype à l’investissement industriel

Chez Sepalumic, le pré-diagnostic mené avec la CCI a permis de prioriser les cas d’usage, puis d’accéder à un dispositif d’accompagnement et à des compétences pointues, avec l’appui de deux jeunes experts en mathématiques. Résultat : un prototype fonctionnel présenté au comité exécutif, et le feu vert pour investir.

« Un industriel, il faut lui prouver pour qu’il investisse. Ce que j’allais chercher dans l’accompagnement, c’est de la sérénité, de la méthode, des compétences que nous n’avions pas, et la preuve que ça allait marcher. » Jean-Philippe Picon.

L’objectif affiché : une première mise en service avant la fin de l’année. Jean-Philippe Picon estime, avec sa direction des opérations, un retour sur investissement de l’ordre de 80 fois la mise. Il s’agit d’une estimation interne, non encore vérifiée en production.

Un produit qui a trouvé son marché

Pour Brice Campos, l’accompagnement Go-to-Market de la Filière Tech de la CCI a été décisif : nouveau nom pour le produit, interface entièrement repensée autour de l’utilisateur, retours très positifs d’une soixantaine d’utilisateurs pilotes, et une commercialisation imminente.

« La première version était très « ingénieur ». Ce regard extérieur, davantage tourné vers le marketing et l’utilisabilité, a remis en question mes convictions. Sans lui, nous n’y serions tout simplement pas arrivés. » Brice Campos.

La veille qui évite de se faire copier

Parmi les accompagnements qui l’ont marquée, Marjorie Billaud cite une entreprise industrielle suivie depuis dix ans : un système de veille automatisée sur les brevets, fondé sur des mots-clés précis, lui a permis de détecter qu’un acteur copiait sa technologie. L’affaire s’est réglée par le dialogue, sans contentieux, mais aurait pu coûter des marchés si elle était passée inaperçue.

Par où commencer ? Les trois portes d’entrée de la CCI

Le premier échange avec le Pôle Numérique & Tech porte sur les problèmes concrets du quotidien. Selon la situation, trois options :

  1. Le pré-diagnostic numérique et IA, gratuit, pour évaluer sa maturité numérique et prioriser les cas d’usage.
  2. Les formations, dont une journée dédiée à l’usage professionnel de l’IA, finançables via l’OPCO de l’entreprise.
  3. L’accompagnement individuel, pour les entreprises qui savent précisément ce qu’elles veulent, dont l’offre Go-to-Market lancée cette année pour structurer positionnement, cibles et démarche commerciale.

À noter également : le Cahier malin du dirigeant, conçu pour se poser les bonnes questions sur la cybersécurité et l’IA.

« Un dirigeant qui hésite à bloquer une journée de formation doit revoir ses priorités. Une journée, ce n’est rien au regard du temps qu’on peut gagner et des perspectives qu’elle ouvre. » Lucile Bufarull.

« Commencez par des cas simples, des petites victoires pas à pas. Puis partez du caillou dans la chaussure de votre usine, entourez-vous de compétences, et une fois le prototype validé, investissez. » Jean-Philippe Picon.

Le mot de la fin

« Entre IA et industrie ? Un accélérateur plein d’enjeux. Si nous ne le faisons pas, nos concurrents le feront. » (Jean-Philippe Picon). « Mon objectif, c’est de trouver grâce à l’IA ce que je n’ai pas encore trouvé, une innovation qui changera la vie des gens, comme l’électricité a permis la machine à laver. » (Lucile Bufarull). « L’accompagnement Go-to-Market a donné à notre produit Brino la possibilité de construire son chemin vers son marché. » (Brice Campos).

« Engager sa transformation numérique, ça s’organise : étape par étape, de manière organisée, quel que soit le sujet, intelligence artificielle, veille stratégique ou webmarketing, et en pensant toujours à la cybersécurité. » Marjorie Billaud.

Vous vous reconnaissez dans l’une de ces situations ? Contactez le Pôle Numérique & Tech de la CCI Nice Côte d’Azur pour un premier échange et un pré-diagnostic numérique et IA gratuit.

 

Sources :

[1]  Insee Première n° 2120, « Les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises en 2025 », juillet 2026.
[2] Cybermalveillance.gouv.fr, rapport d’activité 2025 (communiqué de presse, mars 2026).

Personne marchant près d’un mur en béton avec une canne blanche, symbolisant l’accessibilité et l’inclusion.

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