Dépollution des fonds, sobriété hydrique, refuges pour la faune marine : le 6 octobre 2026, le Port Gallice à Antibes-Juan-les-Pins a accueilli la rencontre de mi-parcours du projet européen CLEANPORTI. Organisée par la CCI Nice Côte d’Azur, le Port Vauban et le Port Gallice, la journée a réuni les partenaires français et italiens pour dresser un premier bilan et partager des solutions concrètes, autour de deux tables rondes consacrées à l’eau et à la biodiversité.
Fréquentation touristique, pressions sur les écosystèmes littoraux, épisodes de sécheresse : les ports de plaisance méditerranéens sont en première ligne. Pour y répondre collectivement, le projet CLEANPORTI (Capitalisation et Liens Exemplaires pour l’Accompagnement Nécessaire des Ports de plaisance vers l’Obtention d’une Reconnaissance Transfrontalière Inspirante) construit une stratégie commune d’excellence environnementale pour les ports de l’espace franco-italien.
Cofinancé par le programme européen Interreg Italie-France Maritime 2021-2027, le projet a été lancé en février 2025 pour trois ans. Il réunit huit partenaires sous le pilotage de la Ville d’Ajaccio – Port Charles Ornano, chef de file : l’Office de l’Environnement de la Corse, la CCI Nice Côte d’Azur, la Province de Livourne et les communes italiennes d’Olbia, de Porto Torres, de Savone et de La Spezia. La CCI Nice Côte d’Azur y est engagée en tant que gestionnaire du Port Vauban, du Port Gallice et du Vieux-Port de Golfe-Juan. Fil rouge du projet : la diffusion de la certification européenne « Ports Propres ».
Trois leviers pour transformer les pratiques portuaires
CLEANPORTI s’articule autour de trois ambitions complémentaires :
- Une stratégie commune : pré-diagnostics puis diagnostics environnementaux, tables rondes portuaires locales et plan d’action par territoire, jusqu’à une stratégie transfrontalière et une charte de développement durable.
- La sensibilisation des communautés portuaires : benchmark des pratiques éco-responsables, visites pédagogiques « École au port », questionnaire commun alimentant un Livre blanc.
- Le transfert et les actions pilotes : déploiement dans chaque port d’un capteur d’alerte de pollution des eaux hérité du projet QUALIPORTI, actions pilotes testées puis transférées d’un port à l’autre (qualité de l’eau, dépollution, nurseries marines…).
Le projet mise sur une logique de coopération « par les pairs », associant gestionnaires, usagers, scolaires et riverains.
Mi-parcours : des résultats déjà tangibles
Un même cap : faire de nos littoraux et de nos ports des territoires durables, grâce à la force de la coopération européenne. Un engagement partagé :
De la Corse à la Toscane, des expérimentations prometteuses
- Ajaccio : le Port Charles Ornano (plus de 1 000 anneaux) met en avant sa politique environnementale : surveillance des eaux, dépollution des fonds, bornes intelligentes.
- Porto Torres : un projet pilote de 56 000 € (investissement prévisionnel) pour Cormorano Marina, avec bornes intelligentes de suivi eau/énergie et dispositifs Seabin de collecte des déchets flottants.
- Olbia : une enquête menée à l’été 2026 (113 réponses) révèle une forte sensibilité environnementale des usagers, mais un besoin de mieux faire connaître les actions des ports.
- Savone et La Spezia : diagnostics, sondes de qualité de l’eau, nettoyage des fonds ; à La Spezia, une opération « École au port » a réuni 77 élèves le 10 avril 2026.
- Portoferraio (île d’Elbe) : le diagnostic de la Province de Livourne pointe la nécessité d’une meilleure traçabilité des consommations d’eau et d’énergie.
Port Vauban : 31 tonnes de déchets retirées de l’avant-port
La CCI Nice Côte d’Azur et le Port Vauban ont présenté les résultats de l’opération de dépollution menée en août 2026 dans l’avant-port. Après une cartographie et un inventaire des déchets immergés, plongeurs professionnels, barges et engins de levage ont permis d’extraire 31 tonnes de déchets : 25 tonnes de déchets métalliques destinés au recyclage et 6 tonnes de déchets divers, dont une épave de cinq mètres, des moteurs, des réservoirs et des câbles.
En parallèle, la CCI poursuit plusieurs actions pilotes : acquisition d’un système de mesure de la qualité de l’eau, création d’un parcours de sensibilisation à la biodiversité et installation d’un radar de contrôle des vitesses à l’entrée du port.
ZOOM sur une programmation inspirante
Tour d’horizon des réalisations des partenaires.
Table ronde Eau et énergie : les ports face au défi de la sécheresse
La première table ronde a abordé une contrainte devenue structurelle : les restrictions d’usage de l’eau potable. La CCI Nice Côte d’Azur a présenté l’impact des mesures imposées à l’été 2026 sur les ports Vauban, Gallice et Golfe-Juan, qui imposent de trouver des alternatives pour maintenir l’activité tout en réduisant les prélèvements.
Deux solutions de dessalement solaire de l’eau de mer ont été présentées :
- Port de Bormes-les-Mimosas, avec G&G Boatwash : une unité d’osmose inverse alimentée à l’énergie solaire pour le lavage des bateaux. Résultat annoncé : −40 % de consommation d’eau potable en haute saison et plus de 10 000 m³ économisés en trois ans.
- Port Vauban, avec Aqualuo : la station compacte EcoBoatWash a permis depuis 2024 de laver 1 200 bateaux et de produire 72 000 litres d’eau douce (soit 72 m³), avec une alimentation à 92 % d’origine solaire. (Source : Aqualuo)
Les échanges ont aussi rappelé que la technologie ne suffit pas : la sobriété hydrique passe par l’évolution des comportements des plaisanciers et l’adaptation des pratiques professionnelles.
Table ronde Biodiversité : le port, refuge pour les écosystèmes
Animée par Véronique Tourrel-Clément, déléguée générale de l’UPACA, la seconde table ronde a démontré que, bien gérées, les infrastructures portuaires peuvent accueillir des espèces remarquables.
- Port-Fréjus : 30 nurseries artificielles Biohut, 28 espèces de poissons et de faune mobile recensées, un « Sentier du Mérou » pédagogique, des refuges pour poulpes et un suivi du crabe bleu, espèce invasive.
- Beaulieu Plaisance : un plan d’actions biodiversité terrestre 2025-2028 (nichoirs, refuges à insectes, démarche « zéro pesticide »).
- Port Gallice : le Dr Rachid Benchaouir a présenté un suivi scientifique mené depuis 2018, qui a notamment mis en évidence des colonies de Cladocora caespitosa, corail protégé.
- Port Vauban : lors des travaux du Bastion Saint-Jaume, un accompagnement écologique a préservé les habitats de deux espèces de geckos protégés nichées dans les remparts.
Perspectives : cap sur des ports de plaisance verts en 2035
D’ici la fin du projet, les partenaires poursuivront le déploiement des actions pilotes, dont certaines sont encore en cours. Plusieurs jalons sont annoncés :
- une opération « École au port » à Olbia au printemps 2027 ;
- un plan d’amélioration environnementale et une méthodologie reproductible issus du diagnostic de Portoferraio ;
- une table ronde transfrontalière finale, un événement de clôture et la signature d’une charte de développement durable par les ports partenaires, ouverte à d’autres ports ;
- à terme, un schéma transfrontalier des ports de plaisance verts à l’horizon 2035, feuille de route commune pour la Méditerranée.

