Trésorerie tendue, carnet de commandes en berne, liquidation judiciaire… Face aux difficultés, trop de dirigeants restent seuls. Dans ce nouvel épisode de CCI TALK, Maxence de Lavenère, conseiller à la CCI Nice Côte d’Azur, Patrice Vergeaud, président du CIP 06 (Centre d’Information sur la Prévention des difficultés des entreprises) , Valentin Depledt, président de 60 000 Rebonds Sud, et Laurent Gomez, dirigeant qui a rebondi, lèvent le voile sur un sujet encore trop tabou : gérer les difficultés de son entreprise.
En France, une dizaine de milliers de défaillances d’entreprises sont attendues cette année. Derrière ces chiffres, des dirigeants qui ont trop souvent attendu avant de demander de l’aide. Les difficultés économiques restent un sujet tabou dans le monde des affaires. Se retrouver face à des impayés, des difficultés à régler ses fournisseurs ou un besoin en fonds de roulement (BFR) non couvert est pourtant une réalité que vivent de nombreux chefs d’entreprise, quelle que soit leur taille ou leur secteur d’activité.
Ce phénomène de « tunnel« , cette incapacité à voir ou saisir la main tendue quand on est dans la difficulté, est bien connu des acteurs de terrain. À cela s’ajoute la peur du regard des autres, la honte, ou tout simplement la méconnaissance des dispositifs existants.
« C’est vrai que la majorité des dirigeants ne connaissent aucun dispositif. Mais il suffirait d’en connaître un pour avoir accès finalement à tout ce panel de solutions. » Valentin Depledt, président de 60 000 Rebonds Sud.
Premiers signaux, premières actions : l’importance d’anticiper
La banque et l’expert-comptable sont souvent les premiers à voir qu’une entreprise dérape. Pourtant, l’alerte ne remonte pas toujours. Et quand les alertes existent, certains dirigeants choisissent simplement de ne pas les entendre. La clé, selon Maxence de Lavenère, lui-même ancien chef d’entreprise : intervenir le plus tôt possible. « Généralement, le dirigeant ne m’appelle pas parce qu’il pense que ça va aller. Et c’est bien là toute la problématique. Dès le premier impayé, normalement, il faut tirer la sonnette d’alarme. Plus on intervient tôt, plus on arrive à trouver des solutions. »
De la prévention au rebond : des dispositifs gratuits et confidentiels
La CCI Nice Côte d’Azur : la porte d’entrée vers toutes les solutions
La CCI Nice Côte d’Azur est la première porte d’entrée vers l’ensemble des dispositifs d’accompagnement des entreprises en difficulté. Maxence de Lavenère, conseiller spécialisé, intervient sur des problématiques variées : financement du BFR, restructuration, développement commercial, organisation interne. Il mobilise toute une palette d’outils de ses partenaires et de la CCI, notamment le programme « Mon Projet d’Entreprise Rebond », financé à 100 % par la Région, donc entièrement gratuit pour les chefs d’entreprise. Ce programme structuré commence par un diagnostic complet de l’entreprise, puis établit des plans d’action progressifs pour résoudre les problématiques identifiées, en faisant appel à tout l’écosystème des entreprises en difficulté : avocats, experts-comptables, associations spécialisées. Tout y est confidentiel. « Si je pousse la porte de la CCI, tout le monde va le savoir ? Non, c’est faux. Tout est confidentiel. Et sur toutes les associations autour de la table, c’est aussi confidentiel. »
Le CIP 06 : une boîte à outils pour les dirigeants en difficulté
Patrice Vergeaud, président du CIP 06, résume ainsi la philosophie du Centre d’Information sur la Prévention des difficultés des entreprises . » Moi j’appelle ça la boîte à outils. Le plombier, quand il va réparer un évier, il a sa caisse à outils. Et bien les gens, quand ils viennent au CIP, ils trouvent une boîte à outils : un comptable, un avocat et un ancien magistrat qui est aussi un ancien chef d’entreprise. » Le CIP 06 reçoit les dirigeants tous les jeudis, à Nice, Antibes et Saint-Laurent-du-Var, sur rendez-vous pris via la CCI.
Chaque entretien dure au minimum une heure dans un cadre strictement confidentiel. L’équipe de bénévoles réunit donc un avocat, un expert-comptable, un ancien magistrat, lui-même ancien chef d’entreprise, et un représentant de la CCI.
Patrice Vergeaud insiste sur l’esprit qui règne au sein du CIP. Le CIP ne juge pas. Il écoute, oriente et accompagne : vers le tribunal de commerce si nécessaire, vers une sauvegarde, un redressement, ou vers une sortie plus douce quand elle est encore possible. Une fois sur deux, le CIP parvient à trouver des solutions alternatives à la procédure collective. « S’ils rentrent un peu tendus, au bout de cinq, dix minutes, il y a déjà des petits sourires qui s’allument. On n’est pas là pour les juger. S’ils ont fait des erreurs, qu’ils en parlent, tout le monde peut en faire. »
Un exemple parmi d’autres : un dirigeant persuadé d’être caution personnelle à hauteur de 95 000 €, de quoi envisager une liquidation totale, a découvert au CIP que la BPI était en réalité caution à 60 %. Résultat : une toute autre réflexion sur l’avenir de son entreprise.ice Côte d’Azur : la porte d’entrée vers toutes les solutions
La CCI Nice Côte d’Azur est la première porte d’entrée vers l’ensemble des dispositifs d’accompagnement des entreprises en difficulté. Maxence de Lavenère, conseiller spécialisé, intervient sur des problématiques variées : financement du BFR, restructuration, développement commercial, organisation interne. Il mobilise toute une palette d’outils de ses partenaires et de la CCI, notamment le programme « Mon Projet d’Entreprise Rebond », financé à 100 % par la Région, donc entièrement gratuit pour les chefs d’entreprise. Ce programme structuré commence par un diagnostic complet de l’entreprise, puis établit des plans d’action progressifs pour résoudre les problématiques identifiées, en faisant appel à tout l’écosystème des entreprises en difficulté : avocats, experts-comptables, associations spécialisées. Tout y est confidentiel. « Si je pousse la porte de la CCI, tout le monde va le savoir ? Non, c’est faux. Tout est confidentiel. Et sur toutes les associations autour de la table, c’est aussi confidentiel. »
60 000 Rebonds : se reconstruire après la liquidation
Liquidation judiciaire prononcée, radiation volontaire actée, c’est là qu’intervient l’association 60 000 Rebonds. Présente sur la Côte d’Azur avec une trentaine de bénévoles (coachs certifiés, parrains chefs d’entreprise, avocats, experts-comptables), elle accompagne gratuitement les dirigeants dans leur reconstruction personnelle et professionnelle, que le rebond prenne la forme d’un retour au salariat ou d’une nouvelle aventure entrepreneuriale.
Sur la Côte d’Azur, le taux de rebond atteint 90 % des bénéficiaires accompagnés. La reconstruction, avant le business, est la priorité absolue.
« Nous ne sommes pas là pour apprendre à des chefs d’entreprise à faire du business. Ça, ils savent le faire. Nous, on va leur apprendre à se remettre en selle. Et si je devais retenir un seul mot de notre accompagnement, ce serait la bienveillance car il n’y a pas de jugement. » Valentin Depledt, président de 60 000 Rebonds Sud.
Laurent Gomez témoigne : « Au bout de trois mois, j’ai franchi la porte de 60 000 Rebonds. J’ai croisé des gens très bienveillants, une générosité exceptionnelle. Des confrères un peu sonnés, un peu hagards comme moi. Là, c’était le vrai déclic et le vrai début de quelque chose d’autre. »
APESA : prendre soin du dirigeant, pas seulement de l’entreprise (une initiative de la CCI)
Créée en 2018 par la CCI Nice Côte d’Azur dans les Alpes-Maritimes, APESA (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance Aiguë) intervient lorsque les difficultés de l’entreprise rejaillissent sur la santé mentale du dirigeant. Des « sentinelles », dont font partie les conseillers de la CCI et les membres du CIP, repèrent les signaux et transmettent une alerte. Le dirigeant est alors contacté sous 24 heures par un psychologue référent, orienté vers un professionnel de son choix. Cinq séances de soutien psychologique lui sont offertes gratuitement. Les dirigeants peuvent aussi pousser directement la porte de la CCI pour demander de l’aide.
Laurent Gomez, qui a liquidé sa société de services numériques en 2023 après dix ans, en témoigne : « Ça fait bizarre quand on est chef d’entreprise : on a l’impression que ça fait partie du job d’encaisser les coups et d’avancer, toujours, sans jamais se plaindre. Se tourner vers un professionnel, ce n’était pas une preuve de faiblesse. C’était une preuve de courage et surtout une marque de lucidité. » Laurent Gomez est maintenant aux côtés de chefs d’entreprise qu’il accompagne au quotidien en tant que DG à temps partagé au sein de la franchise azuréenne Bras Droit des Dirigeants.
Cinq idées reçues auxquelles il faut tordre le cou
Maxence de Lavenère au micro de CCI TALK répond :
- « Si je pousse la porte de la CCI, tout le monde va le savoir » → FAUX. Tous les dispositifs présentés ici sont strictement confidentiels, qu’il s’agisse de la CCI, du CIP 06, d’APESA ou de 60 000 Rebonds.
- « Ça va me coûter cher » → FAUX. Les services de la CCI sont gratuits, les associations fonctionnent avec des bénévoles. Il n’y a aucun reste à charge.
- « C’est trop tard pour moi » → FAUX. « C’est jamais trop tard. Il y a toujours des solutions. Il vaut mieux une bonne liquidation qu’un redressement judiciaire désordonné. »
- « Au tribunal de commerce, c’est déjà être au pénal » → FAUX. Le tribunal de commerce est composé d’anciens chefs d’entreprise et de dirigeants en activité qui comprennent les réalités du terrain et sont là pour aider.
- « Quand on liquide sa société, on perd tout » → VRAI ET FAUX. On perd sa société, parfois du patrimoine, un statut social et toutes les nuits sans sommeil. Mais on garde l’essentiel : son ADN d’entrepreneur, sa capacité à rebondir et à s’adapter.
Gérer ses difficultés : quatre définitions pour ne plus rester seul
À la fin de cet épisode de CCI TALK, chaque invité a résumé en une phrase ce que signifie vraiment « gérer ses difficultés » :
- Maxence de Lavenère (CCI) : « C’est savoir anticiper. Tout simplement. »
- Laurent Gomez (dirigeant qui a rebondi) : « C’est accepter d’être accompagné. Quand bien même on ferme la société, c’est pas la fin du monde, c’est pas la fin d’une histoire, c’est le début d’une autre. »
- Patrice Vergeaud (CIP 06) : « C’est s’entourer de compétences. Je sais que je ne sais rien, et c’est en partant de là qu’on trouve les gens qui savent. »
- Valentin Depledt (60 000 Rebonds) : « Gérer ses difficultés, c’est distinguer les difficultés de sa boîte de ses difficultés personnelles pour y apporter des réponses adéquates. »
À RETENIR — Les dispositifs en bref
CCI Nice Côte d’Azur = porte d’entrée unique. Programme « Mon Projet d’Entreprise Rebond » (gratuit, financé par la Région). Diagnostic + plans d’action personnalisés.
CIP 06 = entretiens confidentiels et gratuits tous les jeudis (Nice, Antibes, Saint-Laurent-du-Var). Équipe : avocat, expert-comptable, ancien magistrat. Prévention et orientation.
APESA (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance Aiguë) = créée par la CCI en 2018. 5 séances de psychologue gratuites. Accès direct ou via sentinelles.
60 000 Rebonds Sud = accompagnement gratuit post-liquidation. ~30 bénévoles sur la Côte d’Azur. 90 % de taux de rebond. Reconstruction personnelle et professionnelle.
Un premier réflexe s’impose donc : pousser la porte de la CCI Nice Côte d’Azur, point d’entrée vers l’ensemble de ces dispositifs gratuits et confidentiels.




