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Anne LECHACZYNSKI, La Verrerie de Biot (Biot)

« Hommes et femmes sont complémentaires »

Depuis deux générations, les femmes de la famille Lechaczynski réussissent à allier savoir-faire ancestral et innovation, malgré les intempéries qui touchèrent la verrerie en 2015 et détruisirent 60% de la production, ou encore, ces derniers mois l’effet Covid sur l’activité commerciale et touristique.

 À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes le 8 mars, la CCI Nice Côte d’Azur met à l’honneur durant toute cette semaine des femmes chefs d’entreprise, engagées dans la vie économique du territoire azuréen et faisant partie des membres élu(e)s de la CCI Nice Côte d’Azur.

 Depuis combien de temps dirigez-vous l’entreprise ?

Après mon Master en business et administration à Paris, je suis partie en 1987 aux USA. Là-bas, j’ai développé une filiale de l’entreprise familiale avec un partenaire local et aussi travaillé dans le secteur des matières premières à la bourse de New-York, en back-office : ce qu’on appelle le clearing house. Revenue dix ans plus tard, j’ai repris en 2000 avec mon frère les rênes de l’entreprise, créée en 1956 et qui était managée depuis 1973 par Danielle Lechaczynski, ma mère, dont la famille est biotoise depuis 500 ans.

Dans quel domaine d’activité évoluez-vous ? Présentez-nous votre entreprise…

C’est notre verrerie qui a créé le fameux verre bullé, faisant d’un défaut une qualité : il est devenu le produit emblématique de notre village et depuis, le style Biot s’exporte dans le monde entier. C’est une belle PME familiale, très créative et qui perpétue un savoir-faire ancestral, à la croisée de l’art et de l’innovation : au Moyen Âge le verrier était alchimiste ! Nous sommes donc fiers d’être labellisés Entreprise du patrimoine vivant.

La verrerie, ouverte depuis ses premiers jours au public, vit principalement du tourisme industriel : c’est 75% de son chiffre d’affaires. C’est pourquoi nous avons souhaité être labellisés Qualité Tourisme. Avec Fragonard, nous sommes d’ailleurs à l’origine de l’appellation nationale « Entreprise du tourisme de savoir-faire ». On essaie de sortir quelque chose de nouveau de façon permanente avec des collections-capsules, tout en conservant un héritage de 300 modèles différents. Mais notre gros projet en cours, c’est le nouveau site web, qui sera lancé d’ici un mois.

Vous êtes très impliquée dans la vie économique : quel est votre rôle d’élue à la CCI ? Exercez-vous d’autres mandats professionnels ou associatifs ?

Effectivement, je suis membre du bureau de la CCI comme secrétaire et élue à la CCI de la région PACA. Je fais aussi partie de la Commission International de la CCI et je suis mandatée pour la représenter au sein de Team Côte d’Azur, du CRT et du conseil économique de la Métropole Nice Côte d’Azur.

Par ailleurs, je suis secrétaire générale du Medef à l’UPE 06 et ambassadrice de la marque Côte d’Azur France. Je participe au fonds PACA Emergence et au comité de direction de PACA Invest et suis adhérente de Fédération du verre, ou encore de l’UMIH 06. Je préside en outre l’ASLIB, association qui représente les gens inondés à Biot et je fais partie de l’association des commerçants du village.

Si vous deviez décrire votre approche du management en quelques mots, que diriez-vous ?

Je manage en « bon père de famille », ça revient à la mode mais c’est ce que j’ai appris de mes parents ! Mon approche est aussi très orientée international et influencée par mon séjour aux USA : c’est la notion du « client d’abord ». Je passe les trois quarts de ma vie dans l’entreprise, alors pour moi comme pour les autres il faut que ce soit avec plaisir : avec nos employés, ça se passe de manière familiale aussi. Et puis, la gestion familiale de l’entreprise permet une vision de pérennité, car après tout l’objectif c’est de léguer tout cela à nos enfants… Ma vision ce n’est pas de faire un coup business, mais de faire vivre nos entreprises au long cours.

 Pour vous, est-ce toujours un challenge d’être femme et chef d’entreprise dans l’économie d’aujourd’hui ? Que reste-t-il à conquérir ?

J’ai eu la chance d’avoir l’exemple de ma mère, chef d’entreprise avant moi. Hommes et femmes sont complémentaires et dans l’entreprise c’est important pour avancer. Mon constat, c’est que les mentalités ont changé en très peu de temps. Mon combat n’est donc pas féministe… Et puis disons-le : aujourd’hui le Neanderthal a disparu ! Enfin, presque…